1000 ans d'histoire

Le premier document mentionnant Neuilly, dénommé "Charte de Burchard", date de l'an 997, c'est pourquoi cette date doit être retenue pour l'origine des études de notre ville ; il est bien évident que des attestations du peuplement de la région aux ères préhistoriques sont nombreuses et que, du moment où la Marne a coulé dans son lit actuel, des hommes ont résidé sur ses rives, sans que l'on sache exactement s'ils y ont pêché ou s'ils y avaient un habitat permanent, Mais la présence d'un document historique, outre qu'elle est une preuve irréfutable, fait entrer notre cité dans l'histoire.

Ce document est connu depuis très longtemps, et dès l'origine des études sur l'histoire ancienne de la France ; car sa publication a été assurée au XVIIème siècle par Dom Mabillon, "l'homme le plus savant de mon royaume" comme le disait Louis XIV, qui l'a transcrit et publié dans son monumental ouvrage De Re Diplomatica. Le fondateur de la discipline enseignée à l'Ecole des Chartes, la paléographie, en avait reconnu la valeur pour obtenir un spécimen de l'écriture aux abords de l'an Mil, le sceau royal de Robert le Pieux et d'autres considérations qui ne sont pas les nôtres, qui lui rendons hommage pour avoir ainsi fondé l'histoire de Nobiliacum/Neuilly-sur-Marne.

Il est rédigé en latin, comme il se doit à l'époque et il est passé devant l'autorité royale. C'est en effet Robert le Pieux, le fils de Hughes Capet le fondateur de la dynastie qui règne pendant huit siècles sans interruption sur la France, qui doit confirmer et garantir la donation de la villa de Neuilly, qui passe ainsi des mains de son propriétaire, le comte Burchard, à celles des moines bénédictins de l'abbaye des Fossés (Saint-Maur) ; c'est d'ailleurs dans le recueil des chartes de ce monastère (Chartularius Fossatensis) que l'on peut trouver l'original de ce document à la Bibliothèque Nationale, chargée par la République de conserver les manuscrits médiévaux.

Donc, Neuilly existe au moment où ce texte est rédigé et Neuilly ne s'est pas construit en une journée ; de ce fait, le millénaire est evidemment un peu antérieur à cette date choisie en fonction de la Charte de Burchard mais il n'est pas possible de découvrir le moment où, pour la première fois, des hommes sur un ordre, défrichèrent la forêt en cet endroit pour y habiter en permanence.

Que signifie le nom de Neuilly ?

Jusqu'à l'édit de Villers-Cotterets (1539) les actes notariés et tous les documents officiels dont nous pouvons disposer sont écrits en latin, langue des clercs (= des gens instruits) par opposition à la langue parlée, langue du peuple. Sur un millénaire, nous voyons que la proportion du latin est encore supérieure ; ce qui ne sera plus le cas vers 2080... Or, si les termes de droit restent identiques, il va de soi que la prononciation des noms propres, (anthroponymes et toponymes, noms des hommes et noms des lieux), varie suivant l'évolution de la langue, être vivant qui subit de perpetuelles modifications. L'évolution du nom de Neuilly est saisie depuis la Charte de Burchard, qui écrit "Nobiliacum"; l'on trouve ensuite l'évolution "Nuillacum", ou "Nuicallum", et l'on aboutit, quand le latin passe le relais au français, à "Neuilli"; au moins en terre d'oïl.

Mais cette évolution ne commence pas en 997, à la différence de notre histoire. Elle doit remonter au latin classique, et c'est le mérite de J-E Dufour d'avoir fait remarquer que tous les Neuilly connus avaient en commun de se situer au bord d'une rivière, et de voir apparaître le nom du lieu, en même temps que s'effectuait le défrichement d'une forêt, à partir d'une rivière (utilisée pour le cas de Neuilly-sur-Marne, pour le commerce de bois de chauffage de la ville de Paris jusqu'au siècle dernier). De ce fait l'étymologie est facile à repérer : c'est le latin NOVALE qui se retrouve dans le village savoyard de NOVALAISE, sur les bords du Guiers, affluent du Rhône, au point le plus élevé de l'habitation permanente : le mot a conservé la racine latine. Ce terme désigne une terre récemment défrichée, que l'on vient de mettre en culture (et s'oppose donc à la jachère), une terre gagnée sur la forêt, la plupart du temps, terre dont l'odeur réjouissait Pline l'Ancien.

Neuilly aux XIème et XIIème siècles

Neuilly aux XIème siècle : les premières exploitations

Après la donation de la Villa aux moines de Saint-Maur, de nombreux documents nous décrivent les activités de celles-ci, soit que les moines aient ressenti la nécessité de faire confirmer leur titre de propriété par les autorités tant religieuses que royales : le Pape, comme le Roi de France, est prié de ratifier cette possession, qui n'était pas aussi perpetuelle que la Charte de Burchard voulait le penser ; soit que les terreurs de l'An Mil s'éloignent, il est temps de penser au quotidien, donc à l'exploitation des terres. Il n'est pas possible ici de donner au lecteur un Corpus de l'ensemble. Aussi ce chapitre, résolument construit sur des détails de la vie quotidienne, présente-t-il un choix dans le riche matériau dont nous disposons.

Le premier document fiscal

La vie médievale est rythmée par les paiements des impôts de toute nature au Seigneur. En échange de ceux-ci, il fournit la sécurité des personnes et des biens, il pourvoit à l'instruction, à la santé : écoles et hôpitaux sont ainsi du ressort de l'Église qui permet pour ce faire les dîmes spécifiques, en argent ou en nature. Les moines de Saint-Maur étant les propriétaires de la Villa se substituent au Seigneur (le Comte Burchard et les siens) pour percevoir l'ensemble des droits ; la fiction de liberté des paysans ne tient pas plus dans le monde occidental que dans l'Empire byzantin, où la liberté de mouvement n'existe pas pour les serfs attachés à leur terre. Ils sont protégés par les seigneurs et en fait, ils leur doivent l'exploitation de leurs terres sans la moindre contrepartie. Le polyptique que le Père Duchène, érudit du XVIIIème siècle a publié dans son Histoire ecclésiastique, et qui a été souvent repris pour montrer l'absolutisme des proprétaires seigneuriaux, qu'ils soient nobles ou gens d'Église provient de Saint-Maur et remonte à l'Abbé Giraud (Giraldus) qui a institué la coutume de fêter l'anniversaire de la donation. Chaque 20 avril, les moines et les chanoines de l'abbaye se réunissent à Neuilly en l'honneur de la donation. Le proviseur de Neuilly est chargé d'organiser les fêtes. Les paysans à ce moment cultivent 107 arpents de terre labourable et des pâturages (il n'est pas encore question de vignes). Il faut que reviennent à l'abbaye "29 panes, 59 capones, 16 demarios, 10 1/2 solidos, 8 modios de tramisso" soit 29 pains, 59 chapons, 16 deniers, 10 sous et demi et 8 boisseaux de blé en trois mois. Les sommes en argent sont calculées sur l'ensemble de la villa, selon la méthode usuelle de répartition de l'impôt par l'assiette globale ; au contraire, les chapons et les pains correspondent à un impôt perçu pour chaque feu ; on peut penser que les paysans chefs de famille, donnent un pain et deux chapons par famille, et le chapelain un seul chapon et pas de pain ; ce qui donnerait le moyen de calculer le nombre de paysans, chaque feu se composant de quatre à cinq personnes d'après les historiens, nous aurions entre 120 et 160 habitants chiffre maximum pour la population de la villa.